Mémoires de Wallonie

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Auditoires Érasme

plan détaillé Auditoires Érasme
1348 Louvain-la-Neuve Belgique

Érasme

Érasme (Auditoires)          D5

Érasme (Collège)           D5

Domaine universitaire.

Toponyme créé (toponyme non descriptif).

*    Thème du patrimoine européen et universel.

*    Thème du passé universitaire.

Le nom de ce grand humaniste de nos régions, initiateur du Collège des Trois-Langues fondé à l’Université de Louvain en 1517, a donné son nom au bâtiment qui héberge depuis juillet 1979 la Faculté de philosophie et lettres et le Centre général de documentation (CGD), devenu aujourd’hui la Bibliothèque générale et de sciences humaines (BGSH). Avec l’installation à Louvain-la-Neuve de ces deux derniers services, le transfert de la section francophone de l’Université catholique de Louvain était désormais achevé. Sauf à considérer que l’occupation « obstinée » de la Maison rectorale de Leuven par Mgr Édouard Massaux jusqu’à la fin de son rectorat, en 1986, constitue le dernier acte de ce transfert…

*   Érasme (Desiderius Erasmus Roterodamus, 1467-1536) réalise la confluence de l’humanisme, né en Italie au XIVe siècle (réaction contre l’esprit scolastique et enthousiasme pour l’éloquence et la poésie latine de l’âge classique), et du désir ardent, sensible depuis le XVe siècle, de retrouver le véritable enseignement du Christ, oublié ou adultéré par une pratique d’Église dévitalisée, où la piété se voit réduite à des rites, des cérémonies, des interdictions matérielles.

Sa naissance irrégulière à Gouda et la disparition de ses parents alors qu’il a 14 ans l’obligent à embrasser l’état monastique, le plus contraire à sa nature. Ordonné prêtre en 1492, venu à Paris, en principe pour étudier la théologie, il y vit de 1496 à 1499 en donnant à des étudiants originaires d’Angleterre ou de villes de la Hanse des leçons de latin et de rhétorique, qu’il a lui-même appris à l’école de Deventer où, de bonne heure, il a lu Laurent Valla. Pour ses élèves il compose maints manuels qui, plus tard, seront imprimés parfois malgré lui ou à son insu, ce qui l’obligera à en faire paraître lui-même des éditions revues et corrigées, quelquefois considérablement amplifiées.

De cette expérience pédagogique sont nés, outre un Epitomé des Elegantiæ de Valla, un traité d’art épistolaire — genre dont les rhéteurs antiques n’ont pas parlé — et un abrégé de rhétorique construit sur la notion d’« abondance » (copia) : l’abondance du vocabulaire, des comparaisons, des « lieux communs » (idées générales rattachées à un thème donné) permet seule de parler ou d’écrire avec aisance en improvisant, et elle permet au besoin d’être concis. Pour ses élèves encore, Érasme a composé un recueil de ces locutions que la grammaire n’explique pas et qui constituent la partie la plus vivante et la plus expressive d’une langue, par exemple : « sortir de l’antre de Trophonius » (avoir l’air désespéré), « le loup t’a vu le premier » (équivalent de notre « un ange passe »), etc. Ce recueil, paru en 1500, connut maintes rééditions, doublement enrichies par l’apport de nouveaux Adages (tel est leur nom) et par le développement donné à certains — de véritables essais sur des sujets de morale ou de religion : Les Silènes d’Alcibiade (opposition entre l’apparence extérieure et la réalité intérieure, par exemple chez Socrate ou les Apôtres ou, en sens inverse, chez les princes de l’Église) ou Le sort t’a donné une Sparte : orne-la (contre l’esprit de conquête). Autre œuvre illustre issue de l’enseignement prodigué par Érasme pendant ses années parisiennes : le Colloquiorum familiarium formulæ, formules pour la conversation de chaque jour en latin, formules de politesse, propos de table ; cela sera le point de départ, vingt ans après, des petits dialogues par lesquels Érasme donnera une expression vivante, amusée ou émue, à certaines de ses idées religieuses : critique de la vie monastique, des pèlerinages, de l’obligation du jeûne, plus généralement des commandements de l’Église qui ne peuvent prétendre rivaliser avec les commandements de Dieu. C’est également son expérience de précepteur qui nourrira son bref manuel de civilité, De civilitate morum puerilium (1526), dont le succès se prolongera pendant deux siècles.

Parmi les nombreux voyages d’Érasme, les deux plus importants sont, eux aussi, liés à son rôle de précepteur : c’est sur l’invitation d’un de ses élèves, Mountjoy, que l’humaniste alla pour la première fois en Angleterre, où il fit la connaissance de Colet, futur fondateur de l’École Saint-Paul pour laquelle Érasme rédigera plusieurs ouvrages, et de Thomas More, futur auteur de l’Utopie, son ami fidèle. Si Érasme, à 40 ans ou presque, put enfin aller en Italie, terre promise des humanistes dont il rêvait depuis l’adolescence, c’est comme précepteur des fils de Boerio, médecin du roi d’Angleterre Henri VII ; et sur place, il deviendra ensuite précepteur d’Alexandre Stewart, fils naturel du roi d’Écosse, auquel il enseigne le grec et la rhétorique. Enfin en 1513, à Cambridge pendant quelques mois, il donnera sans grand succès des cours de grec et de théologie — car, sur le conseil de Colet, il a lui-même appris le grec au retour de son premier voyage en Angleterre, pour pouvoir travailler sur le Nouveau Testament.

Son œuvre d’humaniste au sens étroit, c’est-à-dire de philologue, comprend des traductions du grec en latin, entre autres : des Dialogues de Lucien — More en traduisit d’autres —, Hécube et Iphigénie à Aulis d’Euripide, plusieurs petits traités (sans compter une adaptation des Apophtegmes) de Plutarque, des œuvres d’Athanase, de Basile, de Jean Chrysostome. Même partage entre païens et chrétiens dans son travail d’éditeur : les Lettres de Jérôme, qu’il préfère à Augustin trop porté à ratiociner et par là père de la scolastique, les Œuvres de Sénèque dont il préfère le style à celui de Cicéron — mais il a édité le De Officiis et les Tusculanes ainsi que le De Amicitia et le De Senectute —, les Œuvres de Basile (éd. princeps) et de Cyprien, mais aussi les Vies des Césars de Suétone, l’historien qu’il préfère, etc.

Son œuvre principale, un événement historique, est d’avoir procuré la première édition imprimée du texte grec du Nouveau Testament, établi à partir de quelques manuscrits, d’en avoir donné une nouvelle traduction latine, plus exacte et plus correcte que l’antique Vulgate, et accompagnée d’abondantes Annotations de caractère philologique, qui iront s’enrichissant d’une réédition à l’autre et feront place à un nombre croissant d’observations, voire de dissertations théologiques (permission du divorce avec remariage dans certains cas, mariage des prêtres, etc.). Le travail d’Érasme avait eu des devanciers, comme Valla, dont il fit imprimer à Paris, en 1505, les Annotations découvertes en manuscrit à Louvain.

Scientifiquement dépassé depuis longtemps, le travail d’Érasme doit son importance, sa grandeur historique, à la manière de révolution qu’il a engendrée, en introduisant et en imposant, non sans beaucoup de résistances, le point de vue philologique dans un domaine considéré comme sacré, en transportant sur le terrain biblique l’esprit et la méthode élaborés par les humanistes italiens du XVe siècle dans leurs travaux sur les auteurs profanes, et en cessant de considérer la Vulgate comme un texte intouchable parce qu’inspiré. Certes, encore une fois, Érasme a été précédé par Valla et d’autres, mais c’est lui qui a la gloire, méritée, d’avoir, en 1516, porté le coup décisif. Cela lui valut beaucoup de haines et d’attaques ; il dut se justifier, par exemple, d’avoir — comme saint Cyprien avant lui ! — traduit logos par sermo (« enchaînement de mots offrant un sens ») plutôt que par verbum (« mot isolé »).

Cette publication de 1516 valut à Érasme la célébrité par toute la chrétienté ; parmi les humanistes pieux, il ranima l’espoir, si souvent déçu depuis plus d’un siècle, d’une vraie réforme de l’Église, d’un retour à une piété véritablement conforme à l’enseignement du Christ. On réédita ainsi avec grand succès en 1518 une œuvre qu’Érasme avait écrite sur demande quinze ans plus tôt : l’Enchridion militis christiani, « manuel » ou « poignard » du « soldat chrétien », expression désignant tout chrétien qui, ici-bas, se doit de combattre les séductions de la chair et du monde. Ce dualisme, d’inspiration platonicienne et chrétienne à la fois, commande toute la pensée religieuse d’Érasme. Pour lui, les rites, pratiques, cérémonies et observances extérieures analogues à celles de l’Ancien Testament sont du côté de la chair, et déterminent une piété fausse, donc impie ; les préceptes du Christ sont simples et tout spirituels : aimer Dieu, aimer son prochain, lutter contre l’attachement à ce monde-ci et à soi-même, espérer la béatitude éternelle, se repentir de ses fautes. Ces idées, avec leurs prolongements satiriques, sont illustrées en toute occasion dans les Colloques et les Paraphrases, qui développent la pensée du Nouveau Testament, et dans bien d’autres œuvres (sur la confession, le mariage, etc.).

Qu’il s’agisse d’humanisme ou de religion, Érasme est entraîné dans plusieurs polémiques, dont certaines ont donné naissance à des œuvres importantes. En matière théologique, il écrit, avec modération et esprit de conciliation, sa « diatribe » (exercice scolastique) contre Luther sur Le Libre-arbitre et, en réponse à la réplique véhémente de Luther, un Hyperaspistes (« Défenseur ») en deux livres. D’autre part, des humanistes italiens ayant qualifié de « barbare » le style d’Érasme, qui emprunte à maints classiques vocabulaire et tournures, il réplique par un dialogue satirique, le Ciceronianus, qui raille les imitateurs fanatiques du seul Cicéron ; par la même occasion, il écrit un autre dialogue sur la Prononciation correcte du latin et du grec qui fixe, jusqu’à nos jours, la prononciation scolaire du grec ancien, différente de celle des Byzantins. Sur commande, Érasme consacre presque ses derniers efforts à achever un vaste traité d’éloquence chrétienne, l’Ecclesiastes (« le Prédicateur »), la tâche essentielle du clergé étant de faire comprendre et aimer la doctrine du Christ.

Si l’Éloge de la Folie n’existait pas, rien ne serait changé au sens de l’œuvre d’Érasme, mais son éclat et sa gloire seraient moindres. Divertissement improvisé à son retour d’Italie en Angleterre en 1509 (mais enrichi lors des rééditions), cette déclamation où la Folie (Sottise) fait son propre éloge développe avec verve et variété deux thèmes successifs complémentaires : vanité des faux bonheurs terrestres que procurent les passions et qui sont fondés sur l’aveuglement, l’illusion et le mensonge sans parvenir à réellement cacher la misère de la condition humaine, — et, folie inverse, béatitude de la vie éternelle dont l’extase mystique procure dès ici-bas un avant-goût à quelques-uns de ceux qui ont su se détacher du monde périssable.

Bibliographie : Érasme, Œuvres choisies, trad. de J. Chomarat, Paris, 1991 ; Erasmus of Rotterdam Society Yearbook, Fort-Washington, 1981 ; L.-E. Halkin, Érasme parmi nous, Paris, 1987 ; J.-C. Margolin, Érasme, précepteur de l’Europe, Paris, 1995.

© Patrimoine littéraire européen, sous la dir. de J.-Cl. Polet, Bruxelles, De Boeck-Université, 2010.

*   Érasme entretenait des liens étroits avec de nombreux humanistes des Pays-Bas. Il séjourna à deux reprises à Louvain pendant de longs mois. Le 30 août 1517, il fut même immatriculé parmi les suppôts de l’Université en qualité de professeur de théologie. Il se noua d’amitié, au Collège du Lys, avec plusieurs intellectuels qui partageaient son idéal d’un humanisme chrétien. Ce courant se caractérisait notamment par une étude critique du Nouveau Testament, un retour aux sources à présent replacées dans leur contexte, le rejet de l’argument d’autorité et, enfin, le partage d’un latin épuré. Les aspirations de ces érudits s’inscrivaient dans un vaste mouvement d’étude des langues savantes qui avait déjà éclos, mais de manière éphémère, à Rome, à l’Université d’Alcala en Espagne, à Oxford et à Cambridge.

Les recommandations du futur pape Adrien VI, alors doyen de la collégiale Saint-Pierre de Louvain, et de l’évêque d’Arras, Nicolas le Ruystre, permirent à Érasme de bénéficier du mécénat de personnages influents à la Cour de Bruxelles. Au nombre de ceux-ci figurait Jérôme de Busleyden, né à Arlon vers 1470. Après un passage par les Facultés des arts et de droit à Louvain, celui-ci avait poursuivi ses études juridiques à Orléans, Bologne et Padoue, où il décrocha le doctorat en 1503. De retour aux Pays-Bas, il reçut la prêtrise, mais poursuivit une carrière au service du prince. Conseiller au Grand Conseil de Malines, il se distingua au cours de plusieurs missions diplomatiques. Amateur des arts et des lettres, bibliophile, il transforma sa demeure en musée. Il y accueillait de nombreux humanistes et lui-même ne dédaignait pas de composer des poèmes ou des discours en latin. Thomas More comptait au nombre de ses correspondants et amis.

C’est à l’inspiration du premier qu’est due la fondation du Collège des Trois-Langues ou Collegium Trilingue (latin, grec, hébreu), dit aussi Collège de Busleyden, du nom de celui qui en permit l’érection. Busleyden mourut à Bordeaux en 1517, victime d’une pleurésie. Il était sur le chemin de l’Espagne en qualité d’envoyé de Charles Quint. Par testament, le bienfaiteur léguait la quasi totalité de sa fortune pour fonder treize bourses afin de couvrir les honoraires des trois professeurs et d’entretenir dix élèves. Ses exécuteurs testamentaires bénéficièrent du soutien d’Érasme, qui ne cessa de manifester son intérêt pour le projet jusqu’à sa mort, en 1536. Initialement, il avait été envisagé d’incorporer la nouvelle fondation à un collège existant au sein de l’Université. Devant le refus des responsables d’accepter le legs, il fut décidé d’ouvrir un nouvel établissement. Une maison fut acquise à cette fin en face du « Marché aux poissons ». En attendant de disposer de ces locaux, les cours s’ouvrirent dès le 1er septembre 1518 dans le Collège des Augustins de Louvain. Ce n’est que l’année suivante que le Collegium Trilingue fut officiellement incorporé à l’Université. Le succès rencontré suscita à coup sûr des jalousies et des animosités au sein de celle-ci et particulièrement de la Faculté des arts. Ainsi, d’initiative ou à l’instigation de leurs maîtres, les étudiants proclamaient haut et fort à qui voulait les entendre qu’ils n’entendaient pas parler le latin — épuré — « du Marché aux Poissons », mais bien celui qui était enseigné par leur mère, la vénérable Faculté. En dépit de ces manœuvres, le succès fut au rendez-vous. Le Collège des Trois Langues accueillit de nombreux étudiants des Pays-Bas mais aussi de l’étranger. Il acquit ainsi une renommée parfaitement justifiée. C’est à son exemple que François Ier fonda en 1530 le Collège royal, futur Collège de France. Les troubles de la fin du XVIe siècle portèrent un coup fatal à l’essor de l’institution voulue par Busleyden. Durant les cent années suivantes, elle se maintint tout en perdant de son éclat et de son influence. Au siècle des Lumières, elle végéta sans plus aucun lustre. Le Collège disparut avec l’ensemble de l’Université lors de la suppression de celle-ci sous le Régime français, en 1797.

Bibliographie : H. De Vocht, Érasme. Sa vie, son oeuvre, Louvain, 1935 ; Id., Jerome de Busleyden, Founder of the Louvain Collegium Trilingue. His Life and Writings (Humanistica Lovaniensia, 9), Turnhout, 1950 ; Id., History of the Foundation and the Rise of the Collegium Trilingue Lovaniense. 1517-1550 (Humanistica Lovaniensia, 10-13), Louvain, 1951-1955 ; F. Nève, Mémoire historique et littéraire sur le Collége des Trois-Langues à l’Université de Louvain (Mémoires couronnés et mémoires des savants étrangers publiés par l’Académie royale des sciences, des lettres et des beaux-arts de Belgique), Bruxelles, 1856 ; E. Reusens, Documents relatifs à l’histoire de l’Université de Louvain (1425-1797), t. IV, Collèges et pédagogies, II, Louvain, 1886-1888, p. 493-552.

Cl. Bruneel

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