Mémoires de Wallonie

Les noms de rues de Louvain La Neuve

 
 
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Les rues de Louvain-La-Neuve

parc scientifique John Cockerill

plan détaillé parc scientifique John Cockerill
1348 Louvain-la-Neuve Belgique

Cockerill

Cockerill (parc scientifique John) [abandonné]

Cockerill (avenue John) [abandonné, A6-B5-B6]

N’a pas été soumis au Conseil communal.

Toponyme créé (toponyme non descriptif).

* Thème des figures de nos régions.

C’est en 1995 qu’il a été décidé d’appeler les différents quartiers du parc scientifique du nom d’une personnalité de renommée internationale et qui soit, si possible, également le nom d’une artère du quartier [PV 40]. Pour ce qui est devenu le « parc scientifique Athena », la Commission avait pensé au départ remplacer la future « rue du Téléport » [PV 35] (projet abandonné) par « avenue John Cockerill », qui serait alors devenue éponyme pour le « parc scientifique ». Elle lui a finalement préféré le nom « avenue Athena », qui a dès lors donné son nom au quartier, parce que, d’après l’Association des habitants, « avenue John Cockerill », fort répandue, risquait d’engendrer des confusions [PV 41].

* L’« avenue John Cockerill » voulait rendre hommage à un grand capitaine d’industrie wallon. Né à Haslingden (Angleterre) le 30 avril 1790, ce dernier vient à Verviers en 1802, où sa famille réside ; il aide alors son père, fabricant de machines à carder et à tisser la laine. Six ans plus tard, il occupe le poste de premier contremaître dans les ateliers familiaux désormais situés à Liège. Ensuite, il parcourt l’Europe à la recherche de nouveaux débouchés. En 1813, John Cockerill et son frère Charles-James épousent les demoiselles Pastor, originaires d’Aix-la-Chapelle. Comme cadeau de mariage, leur père leur cède les installations liégeoises (produisant chaque année plus de 2 500 machines) ainsi que 800 000 francs, somme constituant la source de financement pour de prochains investissements.

En 1815, les frères Cockerill installent à Berlin un vaste atelier de construction mécanique et une filature de laine. Parallèlement aux activités développées dans le secteur textile, John Cockerill veut se lancer dans une autre grande aventure : celle de la vapeur. Dans l’atelier de Liège, il monte une machine du type Watt et conçoit l’audacieux projet de briser le monopole britannique pour la construction des engins à vapeur ; ceux-ci sont alors utilisés dans les transports mais également dans les mines, la métallurgie, etc. En 1817, les frères Cockerill acquièrent l’ancien château des Princes-Évêques de Liège à Seraing. Rapidement, celui-ci se transforme en un complexe sidérurgique d’envergure internationale, qui n’a pas d’équivalent, même Outre-Manche. Dès 1819, l’atelier de construction mécanique est équipé d’une machine à vapeur. L’érection d’un premier haut fourneau (1823-1830) et l’obtention de plusieurs concessions charbonnières et minières signifient que les Établissements Cockerill sont intégrés verticalement : ils assurent l’extraction du charbon et du fer jusqu’à la construction d’engins à vapeur les plus divers, en passant par la production de fonte et de fer, le coulage de pièces de fonderie, etc.

En 1823, John Cockerill rachète toutes les parts de son frère. Deux ans plus tard, il signe un contrat d’association avec Guillaume Ier, souverain des Provinces-Unies, pour la construction de bateaux à vapeur destinés à la marine hollandaise. En échange, il cède la moitié des immeubles, des charbonnages et des stocks. Jusqu’en 1830, le total des subsides versés à Cockerill s’élève à plus de 4 000 000 francs. Orangiste, le capitaine d’industrie souffre des conséquences de la Révolution belge, qui entraîne la perte des débouchés hollandais mais surtout de l’appui financier de Guillaume Ier. Au cours des années 1830-1831, l’entreprise Cockerill tourne au ralenti. Puis, la production redémarre avec la fourniture de pièces et d’engins pour l’armée belge. Par ailleurs, les commandes pour l’étranger affluent de nouveau. Fort de la relance de ses affaires, John Cockerill négocie le rachat de ses parts relatives à la créance sur ses établissements, qui a été cédée aux autorités belges. Le 7 septembre 1834, il obtient l’acte de rétrocession stipulant que le rachat est payable en vingt annuités et garanti par une hypothèque au profit de l’État. De retour de Bruxelles, Cockerill est salué par toute la population de Seraing. Sur les portes des ateliers, est gravée l’inscription wallonne : C’est da nos tot seu (‘C’est à nous tout seuls’).

Désormais seul maître à bord de son entreprise, Cockerill a de nouveaux projets, dont le plus important concerne le réseau ferroviaire belge. Promulgué le 1er mai 1834, le décret sur la création des chemins de fer en Belgique donne un véritable coup de fouet aux Établissements Cockerill. Ces derniers fournissent les rails et construisent des locomotives, dont la première – baptisée Le Belge – sort des ateliers le 30 décembre 1835. À côté des usines de Seraing, John Cockerill diversifie ses activités : sur le bord de la Meuse, il établit une grande filature de coton et une fabrique de mérinos ; au Val-Benoît, une fabrique de chaudières ; à Tilleur, une fonderie pour le moulage ; à Verviers et à Aix-la-Chapelle, des filatures de laine peignée ; à Andenne, une fabrique de papier sans fin, une imprimerie de coton et une fabrique de terre plastique. À Stolberg, Cockerill possède des mines de zinc ; dans le Languedoc, des hauts fourneaux ; à Amsterdam, une maison pour la vente des étoffes de coton ; au Surinam, des moulins à vapeur pour la fabrique du sucre, etc.

En 1838-1839, une sévère crise frappe l’industrie belge en raison principalement d’une surproduction et d’une accumulation des stocks. À la recherche d’autres débouchés, Cockerill tente d’obtenir un contrat pour la fourniture du matériel ferroviaire servant à relier la frontière belge et Paris. Mais les négociations échouent. À la suite de cette déconvenue, la Société Cockerill connaît d’importantes difficultés de trésorerie. Elle doit plus de 6 000 000 francs à l’État belge. En avril 1839, John Cockerill obtient une suspension provisoire du remboursement de ses dettes auprès de différents créanciers. En août, les commissaires chargés de contrôler les transactions suggèrent de créer une société anonyme ; les créanciers en seraient les divers actionnaires à concurrence du montant de leurs créances. John Cockerill refuse catégoriquement cette proposition. Il préfère vendre ses usines plutôt que d’en partager la direction avec d’autres. Prévue le 1er mars 1840 puis repoussée au 30 avril, la vente publique des établissements de Seraing, de Liège, de Tilleur ainsi que des stocks n’a finalement pas lieu. D’une part, les fondés de pouvoir de John Cockerill refusent d’y participer. De l’autre, aucun acquéreur ne se présente, le prix demandé étant trop élevé. La sidérurgie belge se trouve alors dans une phase descendante, qui perdure de 1831 à 1849.

John Cockerill part pour la Russie, ce qui laisse croire qu’il désire vendre ses entreprises au Tsar. Il projette, en fait, d’y construire un réseau ferroviaire. Sur le chemin de retour, il s’arrête à Varsovie, où il contracte la fièvre typhoïde. Une congestion cérébrale l’emporte le 19 juin 1840. Son corps ne sera ramené qu’en juin 1867, au cimetière privé de Seraing. Pendant toute son existence, John Cockerill a cumulé les mandats et les titres honorifiques : commissaire de la Banque de l’Industrie et de la Fabrique de fer d’Ougrée, administrateur de la Société des charbonnages et hauts fourneaux de l’Espérance, administrateur de la Société des charbonnages de Sclessin, président du Conseil d’administration de la Société des charbonnages et hauts fourneaux d’Ougrée, etc.

Le 20 mars 1842, est créée la Société anonyme pour l’exploitation des Établissements de John Cockerill. Pendant près d’un siècle et demi, elle va connaître un destin mouvementé fait de plusieurs fusions entre grandes sociétés sidérurgiques implantées en Wallonie. En 1981, la réunion de la Société Cockerill avec le Triangle de Charleroi donne naissance au Groupe Cockerill-Sambre, géant wallon de la sidérurgie.

Par un rapide effet d’entraînement, plusieurs bassins, situés le long de l’épine dorsale wallonne (Liège, Charleroi, Centre et Borinage), ont été touchés au XIXe siècle par toutes les mutations découlant de l’implantation de grandes unités de production modernes (afflux de main-d’œuvre, urbanisation anarchique, prolétarisation accrue). En répandant l’usage de la machine à vapeur, les Cockerill ont précipité le passage de l’économie belge d’une agriculture intensive à une industrialisation extensive et agressive.

Bibliographie : BN, t. IV, col. 229-239 ; BPB, p. 109-110 ; IC, p. 178 ; DHB, p. 94 ; NDB, t. I, p. 96 ; P.M. Gason, Histoire des sciences et des techniques. John Cockerill et le nouveau monde industriel, Seraing, 1995 ; S. Pasleau, Itinéraire d’un géant industriel, Liège, 1992.

S. Pasleau

→  Athena ; La Flèche.


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