Les rues de LLN

chemin de Flupke

rue: chemin de Flupke
canton postal: 1348
localité: Louvain-la-Neuve
description:

Flupke

Flupke (chemin de)          D6

Domaine universitaire, officialisé par le Conseil communal du 23 juin 2009.

Toponyme créé (toponyme indirectement descriptif).

*    Thème des toponymes descriptifs.

*    Thème du monde d’Hergé.

Les voiries desservants le nouveau Musée Hergé portent des noms évoquant le monde du créateur de Tintin [PV OL 7 et 8] : outre la « rue du Labrador », qui accueille le Musée au numéro 26 (adresse de Tintin à Bruxelles…), on trouve ainsi également, du côté du « boulevard du Nord » : un « chemin de la Licorne », un « chemin de Quick », un « chemin de Flupke » et un « quai Ottokar ». Du côté du « parc de la Source », dédié aux jeux d’enfants traditionnels de Wallonie, quelques noms évoquent à la fois ce thème et… les jurons du capitaine Haddock : « sentier des Flibustiers » et « sentier des Pirates ».

*   Flupke, diminutif flamand d’un ami de Hergé (Philippe Gérard), et Quick, surnom d’un autre ami de l’auteur, sont deux ketjes de Bruxelles qui évoluent dans un univers qui n’a rien d’exotique ou de mystérieux, mais s’inspire du quotidien des Marolles… « Imaginatifs optimistes et […] ingénieux bricoleurs » (Archives Hergé, t. 2, p. 8), ces deux gavroches belges ne manquent jamais une occasion pour rendre service. Mais, voilà, ils sont prodigieusement maladroits et, bien avant que ne soient racontés les exploits de celui dont le nom en condense toute la teneur (Gaston Lagaffe, créé par cet autre génie de la bande dessinée belge qu’est André Franquin), ils multiplient les gaffes et vont même parfois jusqu’à faire preuve d’une bien désarmante mauvaise foi… Les victimes toutes désignées de leurs bêtises sont les adultes, c’est-à-dire les représentants d’une autorité qu’il est souvent difficile de comprendre et d’accepter quand on a le jeune âge de Quick et Flupke. Parmi ces victimes, outre les parents et les enseignants, on distinguera l’agent de police n° 15… qui a dû donner quelques idées de scénarios à Kox et Raoul Cauvin, auteurs de la série « L’agent 212 » (chez Dupuis, depuis 1975) ou au déjà nommé Franquin, lorsqu’il anime son agent de police Longtarin, toujours prêt à verbaliser le plus célèbre héros sans emploi de toute la bande dessinée franco-belge.

Quoique jeunes par leur âge, Quick et Flupke ne le sont pas devant l’histoire du mode d’expression BD. Cela fait plus d’un demi-siècle que les récits en deux planches qui racontaient leurs histoires ont été publiés. De 1930 jusqu’au début des années 1950, les deux copains dessinés et scénarisés par Hergé ont occupé les pages du Petit Vingtième, puis de Tintin. Ayant grandi à l’ombre du héros éponyme du journal précité, ils sont sans doute moins connus que le reporter aventurier du même auteur. Sans rancune, ils n’ont cependant pas hésité, quand l’occasion se présentait à eux, de venir saluer leur prestigieux collègue en héroïsme, comme lorsqu’ils viennent assister à son départ dans la nouvelle version de Tintin au Congo (Philippe Goddin, Hergé et Tintin reporters. Du Petit Vingtième au journal Tintin, p. 50-51). Ces clins d’œil graphiques sont fréquents dans l’œuvre de Hergé, en tout cas pour ce qui concerne les aventures de Tintin ou celles de Quick et Flupke. Des personnages qui interfèrent d’une série à l’autre, mais aussi la représentation de proches collaborateurs parmi les figurants… Attitude plus originale, voire résolument moderne de l’auteur Hergé, dont les exploits de Quick et Flupke se sont fait une spécialité : ce sont ces « métalepses spectaculaires » – pour reprendre les termes de Florian Pennanech – qui font se rencontrer durablement et manifestement les univers a priori distincts de la fiction et de la réalité. De pareilles mises en scène sont fréquentes dans le recueil des planches inédites et originales des Archives Hergé. On citera pour exemple celle qui voit Quick et Flupke, aidés pour la circonstance par l’agent n° 15, kidnapper Hergé et lui imposer de ne plus « [les couvrir] de ridicule, chaque semaine » (p. 147) ! On connaît bien aujourd’hui et on apprécie tout particulièrement les effets de cette pratique narratologique, qui consistent à faire douter de l’existence d’une frontière entre monde réel et monde fictionnel.

À prendre en compte les mécanismes de création qui leur a donné vie, on observe donc que Quick et Flupke n’ont pas d’âge. Ils restent insaisissables, fidèles en cela à leur image de garnements, évoluant au gré de leurs aventures entre tradition et modernité. Gage supplémentaire de leur résistance au temps, ces deux héros farceurs appartiennent précisément à cette catégorie héroïque qui a accompagné les premiers pas du récit dessiné (appelée alors « histoire illustrée »), avec Max und Moritz, de l’Allemand Wilhem Busch (1863) ou Le drame (Imagerie Pellerin, 1891). Le XXe siècle BD verra leur succéder « Zig et Puce » d’Alain Saint-Ogan (1925, dans le Dimanche illustré), « Pim, Pam, Poum » (1935, dans Le Journal de Mickey), avant les « Boule et Bill » (1957, dans Spirou), « Benoît Brisefer » (1960, dans Spirou)… et, aujourd’hui, les « Cédric » (1987, dans Spirou), « Kid Paddle » (depuis 1996) ou « Titeuf » (depuis 1993).

Bibliographie : A. Algoud, Tintinolâtrie, Tournai, 1987 ; Avant-propos, dans Archives Hergé, t. II, Cet aimable M. Mops. Les exploits de Quick et Flupke, Tournai, 1978, p. 7-8 ; J. Baetens, Hergé écrivain, Bruxelles, 1989 ; F. Hébert et R.-H. Giroud, Êtes-vous tintinologue ?, 2 vol., Tournai, 1984 ; D. Barbieri, Tintin et la ligne claire, dans Tintin, Hergé et la « Belgité », Bologne, 1994, p. 261-275 ; P. Goddin, Hergé et Tintin reporters. Du Petit Vingtième au journal Tintin, Bruxelles, 1986 ; D. Labesse, Quick et Flupke, dans Schtroumpf. Les cahiers de la bande dessinée. Spécial Hergé, n° 14-15, Grenoble, 1978, p. 26-27 ; B. Mouchart, À l’ombre de la ligne claire. Jacques Van Melkebeke, le clandestin de la B.D., Paris, 2002 ; B. Peeters, Le monde d’Hergé, nouv. éd., Bruxelles, 1990 ; F. Pennach, La métalepse, ou le malin génie de la fiction, dans Le Magazine Littéraire, n° 499, Le doute, juillet-août 2010, p. 80-82 ; F. Soumois, Voyages au pays de Tintin. Essai d’analyse de sources, de versions, de thèmes et de structures dans l’œuvre de Hergé, 2 vol., Bruxelles, 1985-1986 ; T. Sertillanges, La vie quotidienne à Moulinsart, Paris, 1995 ; H. Van Lierde et G. Fontbaré, Le colloque de Moulinsart, Bruxelles, 1983.

J.-L. Tilleuil

→   Flibustiers ; Labrador ; Licorne ; Ottokar ; Pirates ; Quick.

     

Classé dans : Centre Ville
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